— Moi, j’aurais aimé rester. Mais les vieux, comme mon compagnon Couteau-d’Or, savent mieux, et, il m’a traité d’imbécile, me demandant comment je ferais, en hiver. Alors, nous avons pris la route de Russie… Puis, près de Thioumène, le diable nous a embrouillés, nous avons été obligés de prendre encore le péché sur notre tête.
— Oui, je vois, vous avez brûlé Néoplatimowka…
Le brodiaga attacha sur Orschanow un regard long et pénétrant…
— Qui te connaît ?… Et pourtant, je vois bien que tu n’iras pas chez les chefs, pour leur dire… Non, tu n’iras pas.
— Comment sais-tu que je n’irai pas ?
— Je suis comme le renard ou la Bête-à-trois-pieds[4], je sens de loin les chiens de chasse.
[4] Bête-à-trois-pieds, loup, de l’habitude de ces animaux de courir en relevant une de leurs pattes de derrière.
— Alors, tu as brûlé Néoplatimowka ?
— Oui… Tu comprends, moi, quand nous avons tué le vieux et son fils, pour nous sauver, je voulais partir. Mais Couteau d’Or, m’a dit : Non, il faut brûler le maudit village. Ils n’ont pas l’image de Dieu sur leur village, ici. Il faut brûler ceux qui vendent les malheureux…
— Mais d’où es-tu, enfin, et comment te nommes-tu ?