Perrin avait vite démêlé la ruse et les passions brutales, impulsives, sans frein, sous l’apparente bonhomie des gens du Midi.
Il ne les aimait pas, lui qui ne pouvait les regarder en artiste, comme Orschanow, les admirer comme de belles choses dans une belle lumière. Il ne savait pas faire abstraction de leurs laideurs et de leurs déchéances morales. Pour lui, c’étaient des mauvais bougres, des sournois qui jouaient du couteau. Il ne fallait pas s’emballer.
Orschanow avec sa souplesse de Slave, savait entrer dans tous les milieux, semblait s’assimiler toutes les habitudes, tous les parlers, tout en restant lui-même.
Les débardeurs l’aimaient mieux que Perrin, anguleux et fermé. Ils l’appelaient le « Russe » et disaient que c’était un bon zig.
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Orschanow, était assis sur le bord du quai, ses pieds nus ballants au-dessus de l’eau, où flottaient des fragments de liège et des lambeaux d’affiches rouges et jaunes. Il rêvait.
Près de lui, un grand Piémontais l’oreille droite percée d’un petit anneau d’or, se sanglait dans sa ceinture qui, tombait à terre, s’enroulait comme un serpent de feu.
Le petit Henri, un gamin déhanché, au profil de chèvre malicieuse, chanta :
Suona, suona la campana,
Suona a matine suona !