Orschanow s’habillait comme eux maintenant, et, après à peine un mois, il parlait leur jargon, moitié provençal, moitié matelot, émaillé de mots lointains, arabes ou chinois, et qui avait une saveur poivrée, méditerranéenne.
Perrin avait conservé son pantalon de futaine et le chapeau de son pays. Pourtant, il avait dû échanger sa blouse contre un maillot, à cause des moqueries qu’il accueillait mal.
Il était venu à contre-cœur dans ce Midi étranger, au bord de cette mer qui lui faisait peur. Il avait subi l’ascendant d’Orschanow et l’avait suivi.
Orschanow avait été ébloui et grisé par la Méditerranée, après les ports enfumés et moroses du Nord, après l’inclémence de la mer sans sourire.
C’était bien la mer classique, la mer étincelante, vivante dans la gloire du soleil, celle qui avait caressé de son flot violet les côtes de lumières où était née la pensée humaine… Elle était aussi la grande route qui mène à tous les pays de rêve.
Orschanow l’aima, se donna à elle, depuis le matin d’opale où, des crêtes blanches de la Nerthe, il l’avait aperçue pour la première fois.
Et cette plèbe maritime, si bruyante, si éclatante dans ses oripeaux, si colorée en sa misère étalée, aux senteurs violentes, dans la fermentation chaude de son sol fécond !
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Devant les admirations d’Orschanow, Perrin haussait les épaules.
Bien sûr, il y avait là des richesses, du travail. On trouvait du pain à manger, mais il fallait tout de même se méfier de tous ces « mocos » qui vous sautent au cou sans vous connaître et qui, s’ils peuvent, vous font la peau par derrière, pour dix sous !