Ils attendaient là, leurs équipages dispersés dans les quartiers saures de la vieille ville, d’autres départs, d’autres rêves bercés sur d’autres houles.

Et Orschanow songea pendant un moment à se faire matelot.

Depuis le soir où il avait rêvé sur les dalles de la Joliette, en regardant partir le Saint-Augustin, pour Oran : l’Afrique le hantait, l’Afrique musulmane surtout.

Il songeait à ses propres atavismes d’Islam, à travers toute la lignée maternelle, tartare et nomade.

Orschanow, comme le matin où il avait quitté Genève, Véra et son ancienne vie, sentait un flot de vie recouvrée, d’énergie, le soulever tout entier, le jeter à la conquête du monde.

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Petit Henri n’avait pas menti : on les avait embauchés pour piocher et brouetter la terre ardente au fond des carrières, ouvertes comme des plaies saignantes au flanc vert des collines couronnées de pins maritimes.

Sous le soleil brûlant, dans la poussière sanguine, ils avaient peiné tout le jour, parmi des Piémontais silencieux et des Siciliens sauvages.

A eux deux ils pouvaient gagner six francs par jour : avec cela ils seraient heureux.

Petit Henri, le gosse imberbe, grimaçant, aux yeux verts et louches, proposa, quand ils furent sortis du chantier :