Depuis quelques jours, des portefaix nouveaux avaient ébranlé les prix, aux bateaux, et le petit Henri en avait profité pour décider Orschanow et Perrin à aller chercher de l’embauche à la Fontaine des Tuiles, du côté de l’Estaque.

C’était bien plus rigolo. C’était surtout ailleurs, et autre chose.

Le petit Henri ne pouvait pas vivre deux jours dans la même rue, dans le même quartier. C’était un vrai enfant du pavé marseillais, épris de maraude et de vagabondage, « un nervi dans l’âme », comme disaient ses collègues marseillais.

Perrin avait bien un peu hésité. Ce diable de gosse avec ses mauvaises singeries et son goût de chiper, finirait bien sûr par les foutre tous dedans, un jour.

Pourtant, une fois de plus, Perrin suivit Orschanow qui, lui, préférait continuer à trimarder à travers Marseille, comme ils avaient trimardé à travers la France.

De plus en plus, à mesure que le Russe prenait de la force et de l’envergure, qu’il devenait un rude ouvrier, Perrin se sentait de l’estime, du respect même pour lui. Il n’y avait pas à dire, le Russe savait bigrement bien se débrouiller à présent.

Puis, il connaissait mieux les nouveaux métiers qu’on était obligé de faire dans ce pays.

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Orschanow marchait allègrement, les yeux levés sur la beauté des choses, leur découvrant ce matin-là des harmonies nouvelles de lignes et de couleurs.

Ils suivirent le quai du Lazaret. Il y avait là un fouillis de navires de faible tonnage, petits vapeurs irréguliers, rouillés, fatigués et portant des noms sonores, de vieux noms de voiliers : San Irénéo, Cartaghène, Santa Mater Dolorosa, Cadix, Eleni Proti, Corinthe, Stella Maris, La Plata