Jadis, les descendants du saint Sidi Ahmed ben Youssef de Miliana, vinrent s’installer dans ce coin de pays isolé à l’entrée du désert.
Ils devinrent les maîtres tout-puissants de la région. Lors de l’occupation, ils se dévouèrent à la cause française avec une franchise et une ardeur dont ils ne se sont jamais plus départis.
On a eu le bon esprit de laisser aux marabouts de Tiout toute leur autorité et toute leur influence qui ont été bien souvent précieuses.
Et aujourd’hui, c’est l’agha des Amour, Sidi Mouley Ould-Mohammed, qui sert d’intermédiaire énergique et intelligent entre l’autorité militaire et les populations indigènes. Tout passe par ses mains : il dirige ses tribus avec une fermeté et une adresse rares chez les chefs indigènes, la plupart du temps plongés dans les intrigues de « çofs ».
Sidi Mouley a su garder une dignité d’allures aussi bien vis-à-vis des officiers français qu’envers ses nomades et ses ksouriens qui, en fait, sont ses sujets.
C’est une des grandes figures de l’Algérie du Sud, et il sait se faire aimer par la simplicité affable de ses manières.
… A Tiout, nous vîmes encore un autre type de grand seigneur arabe : Mouley Ahmed ben Youssef, frère de l’agha et caïd des Souala.
Sidi Ahmed s’est départi de la gravité un peu mystérieuse des marabouts, que garde son frère.
C’est le caïd de Souala qui a conduit les Amour au feu toutes les fois qu’il a fallu se battre. A côté de l’homme de prières, c’est l’homme de poudre.
… Quand la nuit est tombée, je vais au dar-diaf[27] voir les mokhazni et les spahis avec lesquels je suis venue et qui s’en vont en patrouille dans la montagne.