[27] Dar-diaf, maison des hôtes.
Pour arriver au dar-diaf, c’est un dédale de rues noires et enchevêtrées. Çà et là, brusquement, une faible coulée de lumière filtre par une fente de mur ou de porte close, et ensanglante la toub terne de la rue. Alors ces voies sans passants prennent des profondeurs et des reculs de souterrains où vacillent des ombres vagues.
Au dar-diaf, dans la cour, une scène de la vie nomade, la scène que pendant des jours et des jours je verrai maintenant tous les soirs, en différents décors.
Les soldats de l’Ouest sont à demi couchés sur des nattes ; autour d’un medjmar, brasero arabe en terre cuite, et d’un plateau à thé.
Derrière eux, dans la pénombre bleue, les chevaux mâchent paresseusement le drinn et s’ébrouent.
Les mokhazni chantent, comme toujours le soir. Ils doivent penser aux belles Amouriat bronzées, essaimées au loin sous les tentes, car ils modulent de langoureuses, chansons d’amour, tristes pourtant, d’une tristesse d’abîme :
Étourneau bleu qui t’envoles vers mon pays,
Dis à ma gazelle, dis à mon amie
Qu’elle envoie acheter neuf coudées d’étoffe blanche…
Dis-lui qu’elle couse le vêtement de son amant,