Il est midi, et maintenant le soleil luit, chaud et ardent comme au printemps.

A mesure que nous remontons vers le Nord, le terrain devient plus rouge et plus pierreux, et de longues ondulations traversent la plaine, creusant de larges oueds encore à sec. A droite, tout en bas, apparaît un petit ksar très blanc, avec des jardins aux arbres dénudés. Pas un dattier. C’est Chellala Guéblia.

A gauche, sur la colline, au bord de la route, une grande koubba de Sidi Abdelkader Djilani de Bagdad. Un carré de maçonnerie entre de hautes murailles nues et une coupole ovoïde très allongée, le tout d’une blancheur ancienne, vaguement dorée par le soleil.

Nous arrivons au pied de cette montagne aux contours géométriques qu’on apercevait depuis Tiout et qui ressemble au Djebel-Sidi-Moumène.

Dans une petite dépression du sol très rouge, un ksar joli, en toub fauve d’une teinte foncée, et de beaux jardins de palmiers : Chellala Dah-raouïa, où nous allons passer la nuit.

Le ksar est bâti sur un terrain très accidenté, coupé de fondrières profondes. Nous traversons les rues en partie couvertes, les étranges rues ksouriennes pleines d’ombre et de mystère. Nous longeons, sur un étroit sentier, une brèche large comme un précipice, au fond de laquelle il y a des jardins et une vieille koubba dont le revêtement de chaux s’est effrité et dont la coupole fruste rejoint la hauteur du chemin. Des tombes l’entourent, petites pierres grises dressées.

… Nous arrivons chez le caïd Hadj Ahmed, un vieillard accueillant et jovial qui nous reçoit dans la salle des hôtes, une longue pièce blanchie, avec un lit européen dans un coin et des tapis du Djebel-Amour entassés à terre.

Pour attendre le magh’reb, nous sortons sur un coteau nu, au-dessus du ksar, et là, nous lézardons longuement au soleil, sur la terre tiède, en compagnie du cadi, du caïd et de quelques lettrés dont un beau jeune homme brun qui chante d’une voix douce, le fils du caïd de Bou-Semghoun, ksar du sud-ouest de la région.

A Chellala, les ksouriens parlent encore « chelh’a » et c’est ici pour la dernière fois que j’entends le vieil idiome berbère, étrange et incompréhensible, qui assombrit encore tout le mystère voulu de la vie indigène à Figuig : plus loin nous rentrerons en pays purement arabe.