La côte basse se découpe en larges anses gracieuses, en caps dentelés d’un vert tendre, sur l’azur lilacé, immobile, du golfe de Hammamet. Çà et là, un petit village de pêcheurs posé sur un cap ou au fond d’une anse, tout laiteux de chaux immaculée, se reflète dans l’eau profonde.

Aspects calmes d’un pays sans âge et sans caractère excessif. Il serait difficile de savoir sur quel point du globe on se trouve si, à chaque passage à niveau l’on n’apercevait, immobiles sur leurs chevaux maigres et hérissés, les Bédouins roulés dans les plis lourds du « sefséri » qui, en Tunisie, remplace, pour le peuple, le burnous des Algériens… Figures sèches et bronzées, souvent imberbes, au type très accusé de race berbère… Regards indifférents, sombres pour la plupart.

Depuis Bou-Ficha, nous entrons dans les oliveraies immenses qui couvrent le Sahel tunisien.

Dans la nuit chaude et silencieuse, après Menzel-Dar-bel-Ouar, de la campagne endormie commence à monter vers nous une odeur aromatique, mais lourde et écœurante : nous approchons des huileries nombreuses de Sousse.

J’allais là-bas, sans y connaître personne, sans but et sans hâte, sans itinéraire fixe surtout… Mon âme était calme et ouverte à toutes les sensations aimées de l’arrivée en pays nouveau.


… Sousse, une ville arabe, tortueuse et charmante, étagée sur une colline haute, enclose encore d’une muraille sarrasine, crénelée et d’une blancheur neigeuse. Sur le versant de la colline, en dehors des remparts, des cimetières immenses, entourés de haies de figuiers de Barbarie, brûlés et jaunis par le soleil. Plus haut encore, les toits rouges et les bâtiments longs et bas du camp des tirailleurs.

Sousse est jolie. Jadis, elle s’appelait El-Djohra, « la perle ». Maintenant on l’appelle Souça, « le ver à soie ».

De Sousse à Monastir, la route descend vers la mer, qu’elle borde de jardins et de masures italiennes. Puis elle s’engage dans une campagne déserte et morne, faite de champs infertiles coupés de petites sebkha salées, toutes blanches.

… Pour la première fois, cette région désolée m’est apparue, sous un ciel bas et chargé de nuages… et elle s’étendait, livide, sinistre, à la tombée d’une nuit d’automne…