Mais bientôt les jardins recommencent, et nous passons entre des forêts d’oliviers abritant les abreuvoirs où les petites Bédouines mènent tous les soirs leurs troupeaux et leurs chevaux indociles.


Monastir reste cependant une ville unique, d’un charme et d’une tristesse particulière.

Un peu en retrait sur la mer, comme toutes ces cités arabes des côtes basses, bâtie sur un terrain salé et salpêtré, avec ses maisons grisâtres, à un étage, et ses rues sans pavé, Monastir ressemble aux mélancoliques oasis sahariennes, et serait à sa place sur le bord de quelque chott de l’Oued Rir’ étrange…

Mais la côte y est bordée de brisants, et l’on entend sans cesse gronder la mer, autour du promontoire élevé de la Kahlia, qui sépare la vieille ville du petit port moderne… Ce murmure éternel, cette plainte profonde et douce, il me semble l’entendre encore, après des années, tellement sa musique me charma alors, durant mes courses solitaires et nocturnes et mes longues rêveries sur la grève.

Les Monastiriens ne ressemblent déjà plus aux citadins efféminés de Tunis et de Sousse, qui sont gracieux, polis, et affables, mais qui n’ont plus rien de la majesté âpre de la vraie race arabe, née pour le rêve et pour la guerre.

Comme Sousse, Monastir occupe le fond d’une grande baie aux contours arrondis et gracieux, ouverte à l’Orient.


De Monastir à Kasr-Hellel, la route suit de nouveau la côte, à travers des champs moissonnés et des oliveraies.

Là, le matin, quand le soleil émerge de la haute mer pourpre, à l’heure où tout s’irise et se dore, on voit un peuple de pêcheurs descendre tout habillés dans l’eau peu profonde, et s’en aller au loin, vers le milieu de la baie, avec des paniers, des corbeilles, des filets et des engins de pêche très primitifs.