La Bédouine est très belle et très grave.
Elle fixe sur nous le regard hostile et fermé de ses grands yeux noirs.
— La malédiction de Dieu soit sur vous ! Vous venez pour nous prendre notre bien !
Et elle vide violemment à nos pieds son couffin de figues, et s’en va.
Le cavalier rouge, avec un sourire félin, étend la main pour la saisir, mais nous l’en empêchons.
— Assez d’arrêter de pauvres vieux, sans toucher encore aux femmes ! dit le khalifa.
— Oh ! Sidi, je ne voulais pas lui faire du mal !
Et pourtant ces hommes revêtus de couleurs éclatantes sortent de ce même peuple dont ils connaissent la misère pour l’avoir partagée. Mais le spahi n’est plus un Bédouin, et, sincèrement, il se croit très supérieur à ses frères des tribus, parce qu’il est soldat.
Nous passons encore un quart d’heure à causer avec un inénarrable petit négrillon trouvé sur une route, et qui nous fait rire aux éclats par l’impromptu de ses réparties et son intelligence simiesque.
Puis après souper, mollement étendus sur nos tapis, nous écoutons chanter le chœur des jeunes hommes de Chrahel.