Le peuple du Sahel est éminemment musicien, et les bergers de ces régions composent encore de nos jours des chants parfaitement rythmés, d’une égale beauté de paroles et de mélopée.

— O mère, mère, mon amie ! Depuis qu’on t’a portée au cimetière, rien ne me sourit plus en ce monde… Le chagrin habite mon cœur, et les larmes coulent de mes yeux changés en ruisseaux amers.

J’écoute encore :

— J’ai couvert ma tête de mon burnous et j’ai pleuré à cause de Djénetta. Je lui disais : Ne viens pas avec moi, car il se peut que je meure auprès de toi. Et ce jour-là, si tu pleures, les gens diront : « Un tel fut l’amant d’une telle », ou encore : « Celui qu’elle aimait est parti. Il lui jurait un amour éternel, mais il l’oublia dans l’année ». Et la honte serait sur toi…

Il est tout près de minuit quand nous rentrons sous nos tentes.

Incident

Nous étions arrivés la veille à Zouazra, territoire de la tribu de ce nom, et l’on avait dressé notre vaste tente en poil de chèvre près du gourbi du cheikh Si Amor.

Zouazra est située au milieu d’un vert plateau, entouré de ces jardins d’oliviers qui donnent au Sahel tunisien son aspect opulent.

Vers notre gauche, à une soixantaine de mètres, commençaient les oliviers. En face, à droite, s’étendait la plaine africaine qui, dès qu’elle n’est point cultivée, reprend son caractère de tristesse infinie…