— Brûle un peu de corne de bélier de la grande fête et mets la cendre dans le manger de ton mari ; il ne pourra plus te répudier. Garde-toi d’en goûter, ça empêche les femmes de devenir enceintes.
La vieille connaissait les sortilèges.
Aïcha joignit les mains, puis elle embrassa le pan crasseux de la mlahfa de la rusée :
— Mère, je t’en supplie, viens chez moi. Mon mari est parti ; prépare-moi la corne toi-même. J’en ai justement deux.
— Après avoir fait cela, il faut que je parfume mon gourbi au benjoin pendant quatre jours et que je brûle deux bougies de cire vierge pour Sidi-Merouan. Donne-moi six sous ; j’irai.
Des plis de la coiffure d’Aïcha, les six sous passèrent dans un coin de la mlahfa de la vieille, qui se leva alors et prit son haïk et son bâton.
— Lundi, à midi. N’oublie pas la laine, surtout… souffla-t-elle à l’oreille de sa fille.
Mohamed, harassé, trempé par la pluie, rentra le lendemain, à la nuit, avec l’argent du Kabyle touché dans l’antichambre de l’interprète, le billet signé.
Il trouva son petit Mammar brûlant de fièvre, sur les genoux de Lalia qui le berçait.
Aouda vaquant aux soins du ménage, maugréait :