… Dans une ruelle ombreuse, une porte s’ouvre sur une cour vaguement éclairée. Accroupies le long du mur, en robes claires, parées comme des idoles, ruisselantes de pièces d’or, elles gardent de longues immobilités de statues, l’œil vague dans la fumée des cigarettes… Parfois un burnous passe, se faufile, disparaît dans la cour, burnous blanc de M’sili, burnous bleu de deïra… Alors l’une des idoles se lève avec un grand cliquetis de bijoux, et suit le visiteur dans l’ombre chaude des cellules pauvres.

Et M’Sila s’endort ainsi, maraboutique et prostituée, assoupie et ardente, dans la lourde chaleur de la nuit. Les « benadir », les vieilles cantilènes religieuses et les sonnailles des bracelets des Ouled-Naïl la bercent doucement.


M’sila est charmante comme un ksar saharien.

L’oued qui porte son nom la coupe en deux, coulant au fond d’un ravin large et profond, sur des galets. Un pont en fer relie les deux M’sila.

Nous sommes dans la nouvelle, de construction récente, où les rues sont larges, où il n’y a pas de coins d’ombre et de mystère, et où tout — même la commodité — est sacrifié au goût du Roumi pour les lignes droites.

Sur l’autre rive, c’est la vieille ville, entassée, chaotique, avec toutes ses maisons en toub noirâtre et ses rues sans nom, sans alignement et sans pavés, délicieuses d’imprévu et toutes semblables pourtant.

Toute la journée le siroco souffle ; le vent brûlant, dévorant, ne nous a plus quittés depuis la géhenne embrasée des Portes-de-Fer. Les lointains sont enflammés et déformés, et la poussière s’élève en tourbillons gris qui s’enfuient sur les routes. Les mouches bourdonnent furieusement et piquent, excitées par la chaleur.

Seule, la mosquée, située sur le bord de l’oued, et dont les fenêtres s’ouvrent sur l’eau, garde encore un peu de fraîcheur, et c’est là que nous nous réfugions pour toute la journée.

… Vers le soir, le vent change brusquement de direction et, pendant que Si Abou Bekr s’en va quérir des montures et faire quelques visites, je vais m’asseoir seule sur la berge élevée de l’oued.