Le ciel est presque tout à fait pur maintenant, et l’air s’est rafraîchi. Le soleil se couche dans une brume légère, vaguement jaunâtre encore, au-dessus de la grande plaine nue qui est l’entrée occidentale du Hodna.

En face de moi, se profilant en brun chaud sur le lilas translucide de l’horizon, se dresse la vieille M’sila, environnée de jardins très verts et très épais, tandis que derrière moi les maisons de la nouvelle ville se détachent, presque en or, sur les teintes rose doré du couchant.

Des femmes descendent dans le lit de l’oued, drapées d’étoffes bleues ou rouges, portant des peaux de bouc ou de lourdes amphores en terre poreuse… Marchant pieds nus dans le gravier et le sable, elles ont des glissements d’apparitions et ajoutent une note spéciale à ce paysage d’un charme paisible, doucement mélancolique.

Là encore, à la griserie très réelle du lieu et de l’heure, vient s’ajouter, pour moi, celle du souvenir, des évocations d’ailleurs, de ces régions dont celles que je traverse maintenant semblent n’être que le pâle reflet. Les M’silla n’ont point la grâce étrange et l’attrait mystérieux des jeunes filles qui s’en vont à la brune chercher l’eau fraîche des puits, dans les jardins enchantés du Souf…

Ah ! si les crépuscules d’été en Afrique duraient indéfiniment, et si la despotique sottise des hommes épris de banalité ne venait pas troubler les rêves du poète !

Mais les chevaux sont là, devant la mosquée, et il faut partir. On me donne une belle jument blanche, sellée de filali rouge, et nous descendons dans le lit de l’oued. Il y a là des petits garçons nus et bronzés qui baignent des étalons, et leurs bêtes ardentes dilatent leurs naseaux et se cabrent, saluant d’un hennissement sonore ma jument qui frémit.

En face, dans le vert velouté des jardins où se dressent quelques têtes échevelées de dattiers, des koubba sont tapies, petites et de formes étranges, bâties en toub.

L’une d’elles ressemble à une pagode chinoise, avec ses toits superposés et sa pointe bizarre, et j’aime à y voir les vestiges d’un art autochtone, antérieur à l’Islam, très sauvage et très étrangement troublant.

Un taleb, monté sur une mule sage qui porte nos bagages, nous accompagne. Nous sortons de l’oued et nous jetons un dernier regard à M’sila ayant d’entrer dans la grande plaine.

Le Hodna