Le soleil se lève, rouge, enflammé déjà, Presque aussitôt la chaleur commence,…
Baniou. — Un bordj militaire, d’un blanc grisâtre, sur la hauteur. Une allée de peupliers mène aux puits dont l’eau chaude est trouble et infecte. Alentour, quelques constructions en toub. En bas, c’est du sable, du vrai sable, un peu rougeâtre, il est vrai, mais fin et sec. Çà et là, des buissons de tamaris, dont les racines ensablées forment des buttes, comme celles de tous les arbres sahariens. C’est à l’ombre de l’un d’eux que nous nous reposons, pour boire avidement de la boue liquide et un affreux café plein de mouches.
Il fait de plus en plus chaud et nous repartons.
Deux heures se passent, et nous arrivons à Bir-Khali. Il y a là des maisons en toub, abandonnées pendant l’été, et un puits d’eau très pure et presque fraîche. Nous buvons avec rage… je ne sais quel autre terme employer.
Après, ce sont les heures lourdes du milieu du jour, dans la plaine nue et calcinée. Mais nous avons en face de nous les montagnes qui ferment l’horizon et, entre deux pics élevés, Bou-Saâda sur sa colline basse. On voit distinctement la kasbah qui domine la ville et le noir des jardins.
Et l’éternelle illusion du Sud recommence : la ville nous paraît proche et, cependant, nous avançons toujours, sans que la distance semble diminuer. Et cette vision de ville ensorcelée qui fuit à l’horizon devient, à la longue, angoissante. La chaleur est torride. Nos lèvres se dessèchent et se fendillent. Le siroco nous brûle.
Un chamelier que nous dépassons nous abreuve, puis, très vite, l’homme et sa grande bête lente se déforment et se fondent avec les ondulations à peines perceptibles, dans le vague de la plaine.
L’oued Bou-Saâda.