Après les premiers jours de fièvre et d’angoisse vague, sans cause, succédant aux nuits affreuses, aux nuits torturantes, sans sommeil, je commence à renaître à la vie, très vite[39].

[39] On sait qu’Isabelle Eberhardt, dans ses incursions sahariennes, fut blessée d’un coup de sabre à la tête et au bras par un fanatique, qui déclara plus tard, devant le conseil de guerre : « J’ai frappé sous une impulsion divine. »

Transportée sur un brancard à l’hôpital militaire d’Eloued, elle y resta près d’un mois. Très affaiblie tout d’abord par « l’énorme perte de sang qu’elle avait subie », elle ne tarda cependant pas à se rétablir.

Faible encore, je puis me lever et sortir, m’asseoir pendant quelques heures sous le portique bas qui longe l’hôpital vers le midi. Et là, au soleil déjà chaud, j’éprouve une bonne sensation de renouveau.

Elle est grise et triste pourtant, cette vaste cour de la kasbah où, avec toutes les constructions militaires, se trouve l’hôpital.

Jamais dans ce paysage de pierre et de sable rien ne reverdira. Tout y est immuable, et seule la lumière plus ardente et plus dorée du soleil nous dit que le printemps revient.

Plus de siroco, plus de nuages gris et lourds. L’air est pur et léger, la brise est presque tiède, déjà.

Je me suis accoutumée à cette vie monotone, dans ce cadre invariable, et aux figures qui, toujours les mêmes, vont et viennent autour de moi.

A l’aube, tout près, sous le portique de la caserne des tirailleurs, le réveil sonne, rauque d’abord, comme une voix endormie, puis clair et impérieux.

Aussitôt la grande porte grince et s’ouvre. Le va-et-vient commence.