… Enfin, voici Beni-Ounif, la petite gare, avec la poignante mélancolie des rails qui s’arrêtent brusquement en face de l’immensité.
Vers la droite, la redoute basse, toute blanche, délabrée.
Et au delà, en face de la puissante coulée verte, du col de Zenaga, aux lignes sobres et nettes d’un violet profond, encadrant l’envahissement des palmiers, c’est, sur une pente douce, le vieux ksar de Beni-Ounif, amas charmant de ruines en or pâle, en chamois ardent dans le velours sombre de la palmeraie.
Au Ksar
Au milieu des ruines, çà et là, quelques ruelles encore debout, habitées, couvertes, comme presque toutes les rues ksouriennes, en poutrelles de palmiers : avenues obscures et fraîches, avec des bancs de terre ménagés dans l’épaisseur des murailles, où se tiennent les palabres des djemaâ berbères.
Brusquement, des trouées de soleil, coupant les ombres bleues, les ombres fauves des passages couverts.
Ailleurs, parmi les décombres, des maisons éventrées, montrant des restes d’humbles ménages arabes : poteries d’argile brisées, chiffons achevant de déteindre au soleil, traces de fumée noire sur les parois claires.
La vie se retire du vieux ksar, pour passer au village nouveau, utilitaire, bruyant et laid.
Vers le Sud, les maisons descendent au fond de l’oued desséché, aux berges déchirées capricieusement. Là, c’est le règne humide des jardins coupés de petits murs en terre, pour intercepter les ardeurs du soleil.