Çà et là, des « feggaguir » sources souterraines, captées et dirigées à travers un labyrinthe de couloirs souvent praticables, sous les jardins et sous les rues, — toute une ville pleine d’ombre éternelle et de mystère, d’où, aux jours brûlants de l’été, fusent les rires et les voix des femmes qui se baignent. C’est là qu’elles prennent la pâleur de cire de leurs visages et la langueur de leurs gestes.

En haut, vers l’Ouest, une large fondrière au milieu des décombres. Un sentier de chèvres la traverse, aboutissant au vieux rempart presque intact en cet endroit. La crête seule s’effrite lentement, en dentelures bizarres.

Une petite porte méfiante, étroite, si basse qu’il faut se ployer en deux pour y passer, s’ouvre sur le grand cimetière sans clôture et sans tristesse, où l’impression de la mort s’évanouit dans la monotonie vide du décor.

Au delà des sépultures, entre quelques touffes de dattiers grêles, c’est encore la koubba de Sidi Slimane.

Les heures s’écoulent, monotones, sur le ksar mourant. Seul, sur l’ocre mat du rempart, le lambeau de ciel que découpe la porte change, passant du mauve irisé des matins au bleu incandescent des midis, au rouge carminé taché d’or des couchants et aux transparences marines des nuits lunaires.

Le soir, la petite porte semble s’ouvrir sur une fournaise dont le reflet ardent descend jusqu’au fond des ruines.


Au ksar comme au village, comme partout dans la vallée de Beni-Ounif, il y a l’éternelle poussière de chaux rougeâtre qui embrume et ternit les choses, qui voltige, oppressante, dans l’air embrasé, aux jours d’adjedj[7].

[7] Adjedj, tourmente de sable.

Les passants sont rares.