Ce fut là l’une de mes premières impressions de Beni-Ounif[12].
[12] Variante de notes :
Ce fut là ma première impression de Beni-Ounif, un midi de siroco, au commencement d’octobre.
… Pas de guide, nulle vision étrangère s’interposant entre mes sens et les choses, nulle explication oiseuse, tandis que j’errais, toute seule, dans ce coin de pays nouveau pour moi.
A la sortie du village, vers la gare, un pan de mur élevé d’un gris ardent de métal en fusion. Plus loin, au delà des rails bleus finissant dans une tranchée rouge, rien, la plaine semée de pierres noires, encore de la poussière, une nudité brûlante, infinie. Tout au pied du mur, un mince filet d’ombre fauve, transparente, sans fraîcheur.
Là, je vis Mériéma, accroupie devant un petit tas de vieille ferraille et de débris de toutes sortes.
Un corps nu, déjeté, déchu, des seins vides, pendants, une chair noire, affaissée, souillée d’ordures et de terre. Une tête crépue et rase de garçon, une face maigre, ridée, une bouche large et épaisse s’ouvrant sur de fortes dents jaunes, et des yeux à fleur de tête, de pauvres yeux de bête malade : un masque tristement simiesque de souffrance, de crainte et d’égarement.
Elle dodelinait étrangement de la tête, en fouillant de ses longs doigts osseux son tas de chiffons et de balayures.
Et elle parlait sans s’arrêter, à la cantonade, en un incompréhensible idiome aux consonances barbares, que je sus plus tard être le kouri, vague langue nègre saharienne ou soudanaise.
Je lui parlai arabe. Son murmure continua, montant en une sorte de lamentation irritée.