Tout à coup, surgissant d’un trou d’ombre, comme un pantin noir, Mériéma paraît. On l’a affublée d’une gandoura en loques et d’un vieux chapeau de femme, en paille, aux rubans bleus passés.

Précédant la troupe des tirailleurs qui rient, elle danse, elle saute, avec de petits cris de singe énervé. Peu à peu, accélérant ses mouvements, avec des déhanchements frénétiques, elle lacère sa gandoura et continue à danser, nue, avec seulement son chapeau, retenu par une ficelle.

Jusqu’aux carrières de toub, Mériéma accompagne la musique des tirailleurs qui s’en viennent dans la joie du matin sans nuages.


… Un jour de calme sur le désert silencieux, sur le village. Une légère buée blanche embrume le ciel que traversent des vols rapides d’oiseaux migrateurs. Dans le lit de l’oued, parmi les dalles noires, sous les frondaisons aiguës des dattiers bleus, Mériéma est assise.

Avec des oripeaux multicolores ramassés dans les rues, elle a orné les buissons, comme pour quelque cérémonie étrange d’un culte fétichiste.

En cadence, ses longs bras maigres et noueux élevés au-dessus de sa tête, elle frappe sur un vieux bidon en guise de tambourin.

Elle chante, sur un air monotone, d’une voix aigre de fausset, une inintelligible mélopée.

Une fumée âcre monte en spirales grises d’un petit brasier de crottes de chameau que la folle a allumé devant les arbres.

Pourtant, la terre répand une fade odeur de charnier, des ossements y traînent, une grande mare de sang s’irise, putréfiée… ce lieu sert d’abattoir.