Le soleil tourne, glisse, oblique, sur un pan de mur où l’eau des pluies a creusé de petits sillons noirâtres.

Alors, sur la toub striée, des lézards viennent se délecter. Ils sont en face de moi, et, pendant longtemps, ils captivent mon attention.

Il y en a de tout petits, minces comme des aiguilles et d’un gris cendré, qui jouent à se poursuivre, rapides, flexibles, promenant très vite des cercles d’ombre légère sur la surface du mur.

D’autres, plus gros, bleutés, s’aplatissent et soufflent, gonflant leur ventre rugueux. Les plus beaux s’épanouissent en teintes rares, comme de longues fleurs vénéneuses. Il y en a surtout de très gros, d’un vert d’émeraude pur, le corps tout couvert de petites pustules dorées, semblables à des yeux de libellules. Sur leur tête plate, des lignes de pourpre tracent un dessin compliqué.

Ceux-ci sont tout à la volupté de la chaleur, étalés, paresseux, la queue molle et pendante. Ils s’immobilisent ainsi, assoupis, heureux, sans tomber pourtant. Parfois leur bouche s’ouvre, comme en un bâillement sensuel. Ils semblent pleins de dédain pour l’agitation puérile des petits lézards gris qui continuent leur course circulaire, comme pris de vertige.

Tout à coup le chien les aperçoit.

Il se lève et s’approche lentement, prudemment, sans bruit. Il tend son museau velu, l’œil intrigué, l’oreille dressée.

Il s’assied devant le mur et considère avec étonnement le jeu des lézards[13].

[13] Des premières notes :

Devant le mur il s’assit, et considéra avec étonnement le jeu des lézards, se retournant parfois comme pour s’assurer de ma présence ou pour me prendre à témoin.