Insensiblement, les voix montent, s’affermissent, deviennent plus rapides.
— « Tais-toi, ô mon cœur, et ne pleure pas, ô mon œil ! — Les larmes ne servent de rien. — Nul ne peut obtenir ce qui n’était pas écrit — Et ce qui est écrit, nul ne saurait l’éviter. — Notre pays est le pays de la poudre, — et nos tombeaux sont marqués dans le sable. — Calme-toi, ô mon âme, tais-toi jusqu’à ce que guérisse ta blessure — et si elle ne guérit pas, console-toi, il y a la mort… »
Alors, du cercle des mokhazni, une autre voix s’élève, plus fruste et plus rauque, qui pleure une plainte désolée sur le sort du soldat musulman :
— Dieu m’a abandonné, car je suis un pécheur. — J’ai quitté ma tribu et ma tente ; — j’ai revêtu le burnous bleu ; — j’ai pris pour épouse le fusil. — Les chefs nous annoncent un départ lointain. — Mon cœur est mon avertisseur, il m’annonce une mort prochaine. — Demain, ce sera l’heure qui sonnera : — l’ange de la mort s’approchera. — Sera-ce un Guilil haillonneux ou un Filali sans pitié dont la balle m’anéantira ? — Ceci est parmi les secrets de Dieu. — Et qui priera sur moi la prière des morts ? — Qui pleurera sur ma tombe ? Je mourrai, et nul n’aura pitié de moi. »
Les voix, plus nombreuses, montent dans la nuit tranquille, et les chalumeaux murmurent d’immatérielles tristesses.
Hier, tout le jour j’ai pleuré :
J’ai regretté ma tente,
J’ai regretté ma gazelle.
Aujourd’hui le soleil s’est levé et j’ai souri…
Il y en a qui sont allés au Tafilalet, à Béchar,