Et ta tombe est ouverte, ô fils de Mimoun !…

Départ de caravane

Derniers beaux jours où le désert semble se recueillir avant l’horreur des tourmentes de sable.

Le ciel pâle se voile de buée laiteuse. Pas de vent ; à peine parfois un souffle léger, encore tiède. A Beni-Ounif, c’est un va-et-vient fiévreux, une activité insolite, le grand convoi de Beni-Abbès, qui ravitaille aussi les lointaines oasis sahariennes, va s’ébranler demain.

Pour les goumiers de Géryville, l’ordre de partir est arrivé : ils s’en vont à Béchar. La cité nomade va se disperser dans les hamada et les solitudes de sable.

Accroupis en cercle, par petits groupes, dans les rues du village, parmi les tas de pierres et les plâtras, les mokhazni bleus, les spahis rouges et les nomades fauves partagent tumultueusement des vivres et de l’argent ; avant de se séparer on liquide les vies communes, provisoires, finies.


… Vers la Zousfana, dans la nuit limpide, une aube se lève. Au milieu de l’amoncellement chaotique et noir des camps, quelques flammes rouges se raniment sur les brasiers de la veille. Puis un grand murmure grave, monotone, monte de tout ce sommeil déjà troublé des hommes et des bêtes : ce sont les nomades qui prient. Ils invoquent à voix haute le Seigneur de la pointe du jour[19].

[19] Premières notes :

Vers l’Ouest, très loin, quelques vagues montagnes aux formes étranges à peine distinctes : cônes tronqués, arêtes dentelées ou terrasses… Autour, une plaine infinie, brûlée, rouge, au sol craquelé, avec l’innombrable semis des touffes d’alfa vertes par le bas, s’échevelant en flocons gris vers le haut des tiges desséchées : le mouchetage sombre d’une peau de panthère étalée sous la limpidité tiède du ciel d’automne.