Des brises légères passent sur la plaine et la caressent. Sur des chevaux secs, tout en os et en tendons, le poil gris hérissé et l’œil ardent, des cavaliers viennent au pas. Le burnous noir et le lourd haïk de laine terreuse leur donnent grand air.

Ils ont des visages minces, de ligues sobres, de traits durs, avec la lueur fauve des yeux de l’aigle. Belle prestance, gestes larges, attitudes digues… On les prendrait presque pour des marabouts, sans leur fusil qu’ils portent en bandoulière ou dressé, la crosse appuyée sur le genou. Bach-hamar de convois, ils sont, aussi, à l’occasion, des hommes de guerre, braves par tradition et par indifférence profonde pour la mort.

Loin derrière eux, disséminés dans l’alfa, des nomades s’en viennent, le front ceint de cordelettes fauves sur un voile mince, le bâton en travers des épaules, bombant de maigres poitrines tannées, sillonnées de muscles épais, dans l’entrebâillement des haillons couleur de poussière ; ils poussent devant eux leurs grandes bêtes lentes, sans charges, avec seulement le petit bât triangulaire.

Les longs cous souples se tendent, les museaux lippus broutent quelques maigres buissons gris, tapis entre les pierres noires et les touffes d’alfa.

Les chameaux s’arrêtent. Puis, comme cela dure trop longtemps, les sokhar ont un cri rauque, un ah ! guttural sorti du fond de leur gosier de cuivre, et un sifflement bref. Les cous onduleux se redressent lentement, et les têtes tenant à la fois du serpent et du mouton, les étranges têtes dédaigneuses aux yeux doux, reprennent leur balancement régulier. Les longues dents jaunes ruminent avec un bruit continu de moulin.

La troupe passe. Les hommes, plus petits, disparaissent les premiers dans le moutonnement infini de l’alfa. Puis ce sont les chameaux qui se déforment, s’arrondissent, se confondent avec les vagues ondulations du sol.

… Il en vient ainsi de tous les cercles, de tous les douars des Hauts Plateaux, qui descendent vers le Sud, traversant lentement les solitudes souriantes, qu’eux seuls, pasteurs et errants, connaissent et aiment, de l’inconscient amour des gazelles et des oiseaux sauvages.


… Ce sont les derniers beaux jours avant les tourmentes de sable. Le ciel pâle se voile de buée laiteuse. Pas de vent, à peine parfois un souffle tiède.

A Beni-Ounif, dans la vallée, près du ksar, une éclosion soudaine de vie bruyante.