Des nomades arrivent tous les jours, avec de longues théories de chameaux, pour camper à côté des goumiers.

Les campements des sokhar sont plus frustes et plus confus, plus colorés aussi.

C’est un entassement chaotique de choses : les haraïr, les longs sacs étroits en grosse laine grise et noire qu’on accouple aux côtés du bât des chameaux, les lambeaux de tapis, les couvertures effilochées parmi les marmites enfumées, les outres velues suspendues entre trois bâtons en faisceau, l’éclair d’une gamelle d’étain neuve dans l’amas des loques bédouines, aux couleurs sombres et chaudes où dominent le rouge et le noir roussi ; tout s’accumule et se mêle autour des feux de palmes sèches ou de fiente, parmi les chameaux couchés, qui ruminent, taudis que d’autres semblent rêver, dominant tout de leurs hautes silhouettes anguleuses.

Les camaraderies de couchage et de plat, nées sur la route longue, se continuent ; d’autres naissent ; quelques-unes se rompent avec des disputes terribles… Alors, parfois, le sang coule.

… Et il en vient toujours, de ces sokhar et de ces chameaux dans la vallée qui semble servir d’asile à tout un peuple en migration, comme aux premiers âges du monde.


… A la redoute, le clairon lance les notes enrouées d’abord, puis éclatantes et impérieuses du réveil.

Devant les petites masures encore ensommeillées du bureau arabe, quelques burnous bleus ou rouges passent parmi les haillons verts ou noirs des juifs nomades de Kenadsa, venus du Sud pour vendre des bijoux d’argent et d’or.

Chez les goumiers aussi il y a un mouvement insolite : les Amours d’Aïn-Sefra s’en vont en colonne vers l’Ouest, à Béchar. Les Trafi de Géryville descendent vers Taghit et Beni-Abbès pour protéger un convoi. Les noms d’El-Moungar et de Zafrani évoquent encore un frisson de mort.

… Et voilà, enfin, après plusieurs heures de travail et de cris, que tous les chameaux, près de deux mille, sont massés parmi les chargements à prendre.