Puis, à l’horizon rougeâtre où traînent des buées ardentes, le convoi disparaît, s’évanouit.

La lumière d’abord hésitante, comme furtive, gagne le zénith, et les grandes étoiles qui brillaient pâlissent et s’éteignent.

Seul, le Bordj-en-Nehar, l’étoile du matin, luit, lampe de joie et d’espérance allumée dans la nativité souriante du jour.

A l’Est très bas encore, quelques nuées légères s’embrasent, nageant en des transparences d’or vert, océaniques.

Et c’est un ruissellement de lumière opaline sur la rue où s’éveille la vie qui, à cette heure première, semble légère et bonne.

Tout de suite les camps s’emplissent de bruits confus, de cris.

Les chameaux se lèvent à contre-cœur, avec des plaintes mécontentes, pour remonter vers le village, où pendant des heures ils stationneront entre la gare et la redoute, parmi les tas de sacs gonflés, les planches, les cantines, les caisses portant des adresses lointaines : Taghit, Igli, Beni-Abbès, In-Salah, Adrar…

A la redoute, le clairon lance les notes enrouées d’abord, puis éclatantes et impérieuses du réveil.

Devant les petites masures encore ensommeillées du bureau arabe, quelques burnous bleus ou rouges passent parmi les haillons verts ou noirs des juifs de Kenadsa, venus du Sud pour vendre leurs bijoux forgés.

Enfin, après plusieurs heures de travail, les chameaux, près de deux mille, sont massés parmi les chargements à prendre.