Ils sont debout, et le soleil oblique glisse dans l’innombrable fouillis des grandes pattes immobiles, sur les têtes qui ondulent, curieuses, attentives, sur le bossellement des dos et des flancs pelés, gris, blanc terne, bruns ou roux…

Quelques petits chamelons drôles, la longue tête douce, d’une naïveté d’expression étrangement enfantine, avec des grâces de grands oiseaux au duvet sombre, se pressent contre leurs mères, leur lippe déjà velue cherchant la mamelle pointue.

Maintenant, les sokhar font agenouiller leurs bêtes à petits coups de bâton au-dessous des genoux.

On commence à charger.

Alors c’est un vacarme indescriptible, des querelles qui éclatent autour de chaque bête, avec des cris furieux, des exclamations gutturales, des injures et des gestes échevelés, comme si tout cela allait finir par un massacre.

On prend Dieu à témoin ; ou atteste le Prophète pour une ficelle en fibres de palmier mal attachée, pour une fermeture de sac. Et cela dure sans aucun souci de l’heure, avec un bruit qui augmente.

Les arabas grinçantes du train des équipages, et des cavaliers lancés au galop passent, mettant le désordre et l’épouvante parmi les chameaux qui se relèvent brusquement, jetant leurs charges à moitié amassées et s’enfuient, poursuivis par les imprécations des sokhar.

Les bach-hammar, à cheval dès le matin, le bâton à la main, harcèlent et pressent leurs hommes, vociférant des ordres, menaçant, frappant.

De très loin, les nomades s’interpellent et se parlent avec des grands cris traînants.

Oh ! ces gosiers des gens du Sud, en quel airain sont-ils, qu’ils ne se rompent et ne saignent pas, de tous ces cris profonds, de ces appels qui sonnent comme des notes de trompettes ?