La Bible

Au crépuscule, le dimanche, l’ivresse montait, dans Djenan-ed-Dar, et l’alcool roulait sa folie triste et ses chants d’exil à travers les cantines et les rues de sable.

Il y avait pourtant un coin tranquille, où j’allais m’isoler, aux heures où je n’éprouvais plus le besoin douloureux d’errer parmi les groupes, de me plonger en pleine géhenne…

C’était derrière l’unique café maure, sur un vieux banc boiteux qu’étayait un bidon à pétrole.

Là, plus de bruit, plus rien. Une petite vallée nue, une dune basse et, derrière, l’incendie du jour finissant.

De la salle enfumée, des mélopées arabes, des plaintes lentes de chalumeaux, des lamentations de rhaïta venaient, se perdant dans le silence.

On était bien là, pour s’étendre et rêver, en une dispersion délicieuse de l’être.

… Une fois, je trouvai un légionnaire assis sur mon banc. Figure germanique et blonde sous le fort hâle du Sud, regard réfléchi, presque triste.

Au bout d’un instant s’engagea la conversation, par petites phrases d’abord.

Pour répondre à l’étonnement du légionnaire d’entendre un Arabe lui parler, tant bien que mal, la langue de chez lui, je contai une histoire quelconque.