Et ils avaient, eux aussi, dans les yeux, la joie intense de revoir ce coin de Beni-Ounif, comme s’ils étaient rentrés dans une capitale de rêve, après des mois d’exil.

… Ils étaient beaux ainsi, avec leurs hardes de peine, dans la gloire du jour calme, les légionnaires devenus farouches au fond des hamada lugubres… Très peu semblables surtout aux soldats de parade caracolant ou évoluant inutilement sur le pavé des villes amies…

Dans la menace et la splendeur morne des horizons, sur cette terre berceuse et mortelle où leur vie est âpre et sans joie, les soldats prennent une autre allure.

Dans l’oasis.

La vallée de Figuig s’ouvrait sous le soleil comme un grand calice pâle.

J’étais assise sur le parapet en terre dorée d’une haute tour branlante, si vieille et si fragile qu’elle semblait prête à tomber en poussière. La tour se mirait dans l’eau sombre d’un étang, à l’orée des jardins d’Oudaghir. Elle était située très haut et dominait toute la vallée.

J’étais seule dans la splendeur du jour naissant, et je rêvais en regardant Figuig, l’oasis reine, qui ne m’était jamais apparue si belle, peut-être parce que j’allais partir le lendemain.

Au loin, vers le Sud, par-dessus les monts de Taghla et de Melias, le désert rouge remontait très haut dans le ciel, bordant l’horizon d’un trait net et obscur comme la haute mer.

La déchirure puissante du col de Zenaga s’ouvrait comme le lit d’une rivière où roulait le flot noir des dattiers, entre le Djebel-Taarla d’une teinte d’indigo intense et le Djebel-Zenaga éclairé obliquement, tout rose.

A droite, le col de la Juive, aride et pierreux, entre des coteaux nus et le col des Moudjabedine, où se jouent les mirages aux midis accablants d’été.