L’entrée plate et stérile de la vallée scintillait au soleil. Plus près, sous mes pieds, la palmeraie de Zenaga roulait sa houle immense, ondulait, venait battre le Djorf, la haute falaise grise qui sépare les deux terrasses de Figuig.
Les têtes compactes des dattiers prenaient des teintes de velours bleu pâle où glissaient des reflets argentés. Vers la droite, le vieux ksar de Zenaga faisait une tache d’or fauve plus ardente dans toutes ces pâleurs délicates. Sur la montagne et sur la vallée, le soleil du matin répandait des flots de clarté azurée, une clarté vivante, d’une limpidité infinie. Au pied de la tour, debout, le dos contre le mur fruste, un vieillard aveugle tendait en silence la main vers le chemin où passaient les croyants.
Il était très grand et très beau, le visage émacié aux yeux vides, d’une impassibilité de bronze obscur. Son corps osseux se drapait magnifiquement dans ses haillons couleur de terre.
Plus loin, sur la route ensoleillée, deux femmes berbères s’arrêtèrent, et la lumière se joua dans les plis lourds de leurs draperies de laine pourpre qui balayaient la poussière.
… Au-dessus d’un mur, la petite tête douce d’un jeune dromadaire se balança avec un rauquement plaintif et une grimace étrange à longues dents jaunes.
… Un fragment de toub desséchée se détacha du sommet de la tour et tomba dans l’eau morte de l’étang, où de grands cercles d’argent s’élargirent, venant mourir aux bords humides.
Je redescendis vers Zenaga par le sentier du Djorf où les chevaux glissent et frémissent de côtoyer l’abîme. A mesure que je m’abaissais, la muraille des dattiers murmurants montait, cachant peu à peu la clarté des lointains.
En bas, sous l’ombre bleue de la palmeraie, une séguia coulait sur de la mousse. Des jardins ksouriens étalaient le luxe de leurs verts glauques, de leurs verts mordorés. Le soleil, filtrant à travers les palmes aiguës que le vent agitait à peine, semait des paillettes d’or sur le sable rouge et sur les cailloux blancs. Tout près s’ouvraient des sentiers délicieux, pleins d’ombre et de fraîcheur, entre les murs en toub claire des jardins.
Sous les palmes recourbées en arceaux, des figuiers se penchaient vers la lumière, avec leurs feuilles dorées par l’automne où se mêlaient les feuilles roussies de la vigne, à côté de celles, rouges encore comme des fleurs épanouies, des grenadiers et des pêchers.
Une pénombre charmante atténuait les lignes et les couleurs dans ce dédale de ruelles sans habitations, si tranquilles qu’on entendait les tourterelles sauvages roucouler doucement dans les arbres tout près.