Puis ils tuèrent le malheureux, ils rompirent le jeûne et rentrèrent dans leur tribu. Là, ils se moquèrent de ceux qui jeûnaient encore : « Il n’y a plus besoin de jeûner. Nous avons rencontré Ramadhane en route et nous l’avons tué. »
— Oui, dit un autre, les Douï-Menia ont tué Ramadhane… mais il en est encore qui jeûnent… seulement ils s’arrangent bien mieux que nous ; ils se mettent à trente pour jeûner chacun un jour. Après, ils croient que le carême a reçu son compte, puisqu’il faut jeûner trente jours…
Malgré toutes ces moqueries, les anciens détrousseurs demeurent indifférents en apparence et se drapent en silence dans leurs haillons superbes.
… Dans les cafés maures, les garçons, une fouta bariolée autour des reins, en guise de tablier, posent les tasses pleines devant les musulmans qui roulent des cigarettes.
Ce sont les derniers instants d’attente, les plus fébriles. Sur les visages pâlis et tirés, l’ombre de l’ennui s’efface.
Des rires s’élèvent, des plaisanteries. Moi, on me traite narquoisement de « Meniaï », parce que j’ai eu la naïveté de proposer de rompre le jeûne, ayant vu les Douï-Menia commencer à manger.
… Maintenant le soir s’éteint dans la nuit violette et les choses prennent des teintes bleues, des teintes profondes et froides.
Alors, de très loin, des ruines du ksar, du fond de la vallée, une voix monte, lente, mélancolique ; c’est le moueddhen qui annonce la prière du magh’reb et la rupture du jeûne.