Pourtant, j’avais un voisin, sur une autre terrasse, en contre-bas.

Il finit par m’intriguer : il rentrait très tard, jamais avant onze heures. Au bout d’un instant, un murmure montait de sa chambre, une sorte de psalmodie basse, qui durait parfois jusqu’au jour.

Un soir de lune, comme le sommeil ne venait pas, j’allai m’accouder au vieux parapet moussu.

Alors, mon regard plongea dans la chambre de mon voisin, par la croisée ouverte : une chambre banale d’hôtel meublé, avec des meubles impersonnels et trébuchants et des poussières anciennes sur des tapisseries fanées.

Au milieu, un homme d’une cinquantaine d’années, un Européen, était debout, le front ceint d’une bandelette blanche, avec, par-dessus une chemise empesée et une cravate, une sorte de long surplis noir portant sur la poitrine un grand zodiaque brodé en fils d’argent.

Devant l’homme, sur un trépied, dans un petit fourneau arabe en argile plein de braise, des épices et du benjoin se consumaient. A la lueur incertaine d’un mince cierge de cire jaune, une fumée bleuâtre montait, toute droite du réchaud, et sur un tabouret un livre était ouvert que le nécromant consultait parfois.

Puis il reprenait sa pose, les bras étendus au-dessus du brûle-parfum, psalmodiant des paroles hébraïques.

Peu à peu, son visage pâlit, ses yeux aux prunelles verdâtres s’élargirent et un tremblement le secoua tout entier.

Ses cheveux et sa barbe se hérissèrent, sa voix se fit saccadée et rauque.

Enfin, il tomba sur le vieux divan dont les ressorts grincèrent, et il resta là longtemps, longtemps les yeux clos.