Ils tournent, ils tournent, accablés, ruisselants de sueur. Si le spahi de garde est un brave garçon, conservant sous la livrée du métier de dureté la reconnaissance d’une commune origine, les pauvres diables peuvent s’arrêter parfois, éponger leur front en sueur… Sinon, pompez, pompez toujours !

Et ainsi toute la longue journée, avec, au cœur, l’angoisse de se demander si leurs parents leur apporteront un peu de pain ou de couscous, car l’État ne leur donne rien, sauf l’écrasant travail sous le ciel de plomb, sur le sable calciné… Ceux qui viennent de loin, attendent, plus mornes, la dérisoire pitance que leur accorde la « commune » par l’intermédiaire du dar-ed-diaf et qui suffit à peine à entretenir leur existence.

— Pourquoi es-tu en prison ? demande le spahi à un nouveau venu, grand garçon mince, au profil d’oiseau de proie.

— Hier, je sommeillais devant le café de Hama Ali. Le lieutenant de tirailleurs a passé et je ne l’ai pas salué… Alors, il m’a donné des coups de canne et s’est plaint au bureau arabe. Le capitaine m’a mis quinze jours de prison et quinze francs d’amende.

Le spahi, récemment arrivé des territoires civils, s’étonne :

— Alors, ici, les Arabes sont tenus de saluer les officiers, comme nous autres, les militaires ?

— Oui, tous les officiers… sinon, on est battu et emprisonné… Nous avons eu un lieutenant qui obligeait même les femmes à le saluer… Oh, le régime militaire est serré, terrible !

Le spahi, indifférent, continue son interrogatoire.

— Et toi, le vieux ? La question s’adresse à un petit vieux timide et silencieux.

— Moi… je suis des Ouled-Saoud. Alors, comme la maîtresse du lieutenant Durand est partie, et qu’elle avait beaucoup de bagages, le lieutenant a donné des ordres aux caïds. Le mien m’avait ordonné d’amener ma chamelle, mais comme elle est blessée au dos, je n’ai pas voulu la prêter. Je suis en prison depuis huit jours. Le lieutenant, en m’interrogeant, m’a donné une gifle quand j’ai dit que ma chamelle était malade et on ne m’a pas dit combien de prison j’ai à faire… Dieu m’est témoin que ma chamelle est blessée…