Enveloppé de loques terreuses, un vieillard était couché là, seul dans tout ce vide et ce silence. Décharné, le visage osseux, de la teinte brune rougeâtre de la terre alentour, avec une longue barbe grise, l’œil clos, il semblait mort, tellement son souffle était faible et son attitude raidie.

Près de lui, dans un tesson de terre cuite, quelques débris de galette azyme attestaient la charité des croyants de quelque douar voisin, caché dans les ravins profonds.

Un essaim de mouches exaspérées couvrait le visage et les mains noueuses du vieux, dont le soleil brûlait les pieds nus. Insensible, il dormait béatement.

Sur la piste qui serpentait au pied des collines, trois cavaliers parurent : un Européen, portant le képi brodé des administrateurs, et deux indigènes drapés dans le burnous bleu du makhzen.

Le roumi aperçut le vieillard endormi et sa pitié en fut émue. Aux questions des mokhaznis, Terrant répondit de sa voix presque éteinte déjà : « Je suis Abdelkader ben Maammar, des Ouled-Darradj de Barika. Je ne fais point de mal, et comme je n’ai rien, sauf la crainte de Dieu, c’est Dieu qui pourvoit à la vie qu’il m’a donnée, jusqu’à ce que l’heure soit sonnée. »

Mais le hakem roumi crut devoir adoucir les dernières heures du vieux musulman, et il lui dit qu’il serait transporté à dos de mulet jusqu’à l’hôpital de Bordj-bou-Arreridj, où il aurait un bon lit et une nourriture suffisante. Il pourrait s’y reposer, y reprendre au moins quelques forces.

Insensible, sans un mot, le vieillard se laissa charger sur un mulet amené du douar. Le hakem en avait décidé ainsi et lui, l’Arabe n’avait pas à juger cette décision. Il se soumettait sans joie ni révolte, parce que c’était ainsi.

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Couché sur l’étroit lit blanc, lavé de ses souillures et revêtu de linges immaculés, l’errant semblait se rétablir, revenir à la vie.

Pourtant, il gardait son silence farouche. Obstinément il tournait le vague de son regard terne vers la large baie ouverte sur le vide du ciel incandescent. Dans tout ce bien-être inusité, lui, le nomade, fils de nomades, regrettait la misère pouilleuse et les longues marches pénibles sous le soleil de feu, à la recherche des maigres offrandes dans le sentier de Dieu