Et bientôt cette longue salle blanche et sévère, ce lit trop doux, ce calme et cette abondance lui devinrent intolérables…

Il se dit guéri, supplia en pleurant les médecins de le laisser partir. On l’accusa d’ingratitude, on lui dit qu’il n’était qu’un sauvage, et, pour s’en débarrasser, on le laissa sortir.

Un matin limpide dans la grande joie du jour commençant, il reprit ses haillons et son long bâton d’olivier. Sans un regret, presque allègrement, il se hâta vers la porte de la ville et s’en alla, sordide et superbe dans le soleil levant.

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Sur la croupe nue d’une colline aride, en face du Hodna bleuâtre, immense et monotone comme la mer, une koubba blanche dressait la silhouette neigeuse de ses murs rectilignes, de sa coupole ovoïde.

Alentour, pas un arbre, pas une ombre sur la terre brûlée d’un rouge sombre qui flambait au soleil.

Vers le nord, les coteaux s’étageaient, comme les vagues figées d’un océan tourmenté. Ils allaient, montant insensiblement, jusqu’à la montagne géante des monts de Kabylie.

Une famille grise de petites tombes en pierre brute se pressait sous la protection de Sidi Abdelkader de Baghdad, maître de la koubba et Seigneur des Hauts Lieux…

Accroupi contre le mur lézardé, près de la petite porte basse, le vieux cheminot rêvait l’œil mi-clos, son bâton entre ses genoux maigres.

Depuis qu’il avait quitté l’asile abhorré où il s’était senti prisonnier, le vieillard avait erré de douar en douar.