Maintenant, sa vie vacillante s’éteignait. Une grande langueur engourdissait ses membres et un froid lui semblait monter de la terre qui l’appelait.
Il était venu échouer là, près de la koubba sainte. Une très vieille femme au visage parcheminé, drapé d’une melahfa de laine en loques, gardait seule le lieu vénéré, gîtant dans un vieux gourbi en pierres sèches. Elle aussi était avare de paroles et usée, bien près de la fin.
Tous les matins et tous les soirs, la pieuse veuve déposait devant le vagabond, hôte de Dieu, une galette d’orge et un vase en argile plein d’eau fraîche. Puis elle rentrait dans l’ombre de la koubba pour y brûler du benjoin et marmotter des prières.
Tous deux, sans presque jamais se parler, avaient associé leurs décrépitudes, attendant l’heure sans hâte ni effroi.
Quand, par hasard, quelques bédouins venaient prier sous les voûtes basses de la koubba miraculeuse, le vieillard, par accoutumance, élevait sa voix chevrotante en une psalmodie monotone.
— Pour Dieu et Sidi Abdelkader Djilani, seigneur de Baghdad, sultan des saints, faites l’aumône, ô croyants !
Et, gravement, les musulmans tiraient de leurs capuchons de laine un peu de galette noire ou quelques figues sèches.
Les jours s’écoulaient, monotones, dans la somnolence de l’été finissant…
Aux premières fraîcheurs de l’automne, le vent du nord balaya les brumes troubles de l’horizon, et la lumière terne des journées accablantes devint dorée sur la terre reposée et dans le ciel serein.
Le vieillard s’était encore desséché, son corps s’était comme replié sur lui-même, comme rapetissé, son œil cave s’était voilé des premières ombres de la nuit définitive et sa voix s’était éteinte.