Il finissait, lentement, sans secousses ni angoisses, avec les dernières ardeurs de l’été.
*
* *
Le chant éclatant des coqs perchés sur le toit du gourbi réveilla la vieille, sur sa mince natte usée.
Elle prit une petite amphore d’eau, fit les ablutions rituelles. En silence, selon la coutume des femmes, elle pria, se prosternant devant la majesté de Dieu, seigneur de l’aube.
Elle pria longuement accroupie, ses doigts osseux et gourds égrenant son chapelet. Son visage de momie, raccourci et noir, sous le turban de laine rouge et de linges sombres des nomades, n’exprimait rien, comme celui d’une morte. Puis, elle redressa ses reins cassés avec un gémissement, prit sous un grand plat en bois une galette froide, emplit un petit vase rouge à la peau de bouc, et sortit.
Le jour se levait, lilas et rose, sur le moutonnement infini des collines, sur le vide marin de la plaine.
De grandes ombres violettes obscurcissaient encore le fond des ravins, entre les dos éclairés des coteaux, tandis que la koubba solitaire flambait déjà, toute rouge.
La gardienne caduque s’en alla à pas lents vers la porte du sanctuaire, portant l’offrande quotidienne au vieil hôte.
Depuis la veille, tassé, affalé à sa place coutumière, sans quitter le bâton symbolique, le vagabond n’avait pas bougé.
Ses traits s’étaient comme adoucis et la vieille crut voir une singulière clarté glisser sur le visage mort. Sans agonie, sans plaintes, le vieux était retourné à la poussière, durant les heures calmes de la nuit. Sans frayeur, la gardienne étendit le corps déjà glacé, lui tournant le visage vers le soleil rouge qui montait à l’horizon. Puis, elle le recouvrit des pans rabattus de son burnous en invoquant Dieu.