Et, après de longues et coûteuses formalités, Bérard avait obtenu une concession au « centre » de Moreau qu’on agrandissait et qui dépendait de la petite ville de *** dans le Tell constantinois.
Bérard arriva à Moreau un soir d’automne triste et nuageux. Il faisait noir, il faisait froid et un vent âpre courbait les eucalyptus grêles de la grand’rue.
— Vous êtes le Français de la concession de l’Oued Khamsa ?
L’aubergiste, une grosse italienne en caraco lâche, accueillit Bérard par ces mots.
Bérard avait hâte de prendre contact avec ses nouveaux concitoyens, et il entra dans la salle de l’auberge.
Un vacarme assourdissant y régnait, et le « Bonjour, tout le monde ! » de Bérard s’y perdit. Il distingua quelques bribes de phrases, jetées à pleine voix, avec un accent qui lui sembla étranger.
— Quand je te dis qu’il est avec Santos, le patron du b…!
— Alors, comme ça, on aurait un caoued pour maire ?
… Et un troisième reprenait avec rage :
— Tous des vendus, des crapules, des voleurs !