— Tu sais, dit-elle en souriant, y a le patron qu’il a pris son fusil pour veiller ses poules.
— Il peut veiller, ça lui fera du bien, l’air frais…
Et les domestiques se tordirent à la pensée du patron se morfondant au dehors.
Le surlendemain, Claudignon, le facteur, arriva au café très ému.
— Vous savez, cria-t-il, ils ont mis la lettre ! Tenez, dans les deux journaux, encore ! Vous avez de la veine, Monsieur Durand, et toi, Pérez, il y a votre nom sur les papiers !
Et le facteur déplia triomphalement la plus grande feuille d’abord, par respect pour le format. En gros caractères, le titre se détachait :
EXPLOITS INDIGÈNES
« On nous écrit d’Alfred de Musset :
— Messieurs les Arabes vont bien. Depuis le monstrueux verdict de Montpellier, et depuis les attaques indignes contre les tribunaux répressifs si bienfaisants, mais encore trop faibles à notre sens, le banditisme indigène augmente rapidement, ainsi que l’insolence des indigènes envers les colons. Ils ont l’air d’oublier qu’ils sont leurs obligés. Les malheureux colons tremblent pour leurs biens et pour leur vie, mais il ne faut pas les pousser à bout, car leur colère pourrait bien faire repentir la Métropole de ses odieuses attaques contre l’Algérie.
« Qu’on juge de la situation, dans notre centre, d’après ce fait qui a mis en émoi toute la population européenne. Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, des malfaiteurs restés inconnus ont volé à M. Pérez, colon à « Alfred de Musset », une magnifique oie. L’audace elle-même de ce vol prouve que le ou les auteurs sont les tristes représentants de cette race d’une mentalité essentiellement mauvaise.