« Avis aux amis et défenseurs de Yacoub et de ses congénères. »
Le style de cette élucubration avait bien été corrigé un peu par les rédacteurs des feuilles arabophobes, mais la vanité des auteurs n’en fut pas moins flattée et leur prestige s’en accrut.
— Que voulez-vous ? On ne peut pas se laisser assassiner…
Et pour conclure, Durand, qui sentait grandir son prestige, eut un mot profond que tout le monde comprit :
— Il n’y a pas de petites choses en politique.
DANS LA LÉGION
LE RUSSE
Se créer un monde personnel et fermé et s’entourer d’une atmosphère de rêve, écarter toute atteinte hostile du dehors, ne voir et ne sentir des êtres et des choses que ce qui lui plaisait, telle était la formule morale à laquelle avaient abouti les errements, les anxiétés et les recherches de Dmitri Orschanoff. Pendant ces cinq ans de Légion étrangère, dans un milieu restreint et monotone, à l’abri des luttes pour la satisfaction des besoins matériels, Orschanoff était parvenu à réaliser en grande partie ce programme d’égoïsme esthétique.
Mais son engagement touchait à sa fin et la question troublante de l’avenir immédiat se posait, mettant l’esprit d’Orschanoff en contact direct et douloureux avec les réalités qu’il voulait fuir.
Assagi cependant, il s’astreignit à raisonner presque froidement, à se méfier surtout des résolutions hâtives. Il ne se souvenait que trop du chaos d’idées, de sensations, de tentatives d’action qu’avait traversé son esprit de théoricien.