Pourtant, quand le calcul magique révélait des éventualités trop noires, le Tazi les atténuait, les enveloppant de paroles d’encouragement et d’espoir.
Une fois, quand une Mauresque sortit de l’échoppe, laissant une pièce blanche, le Tazi soupira.
— Voilà, Si Mahmoud, une femme qui est jeune est qui est belle. Elle vient me consulter sur l’issue de ses amours… Au lieu des étreintes rêvées, c’est le sang et le linceul qui l’attendent. La vie et la mort sont entre les mains de Dieu !
El Hadj Zoubir vivait ainsi seul, sans famille, sans autre logis que sa boutique et sans autre fortune que sa science millénaire.
Il était calme et serein, et ses jours s’écoulaient sans bruit et sans souci, comme un ruisseau de plaine, dans ce coin oublié d’Alger déchu.
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Après une longue absence, je suis montée à l’impasse blanche. J’ai trouvé la boutique fermée. Un vieux marchand de kif du voisinage m’a appris qu’au mois de redjeb de l’an dernier, El Hadj Zoubir Et Tazi s’est éteint doucement, au milieu de ses grimoires et de ses fioles.
LA MAIN
Une réminiscence, vieille déjà de quatre années, du Souf âpre et flamboyant, de la terre fanatique et splendide que j’aimais et qui a failli me garder pour toujours, en quelqu’une de ses nécropoles sans clôtures et sans tristesse.
C’était la nuit, au nord d’El-Oued, sur la route de Béhima.