Nous rentrions, un spahi et moi, d’une course à une zaouïya lointaine, et nous gardions le silence.
Oh ! ces nuits de lune sur le désert de sable, ces nuits incomparables de splendeur et de mystère !
Le chaos des dunes, les tombeaux, la silhouette du grand minaret blanc de Sidi Salem, dominant la ville, tout s’estompait, se fondait, prenait des aspects vaporeux et irréels.
Le désert où coulaient des lueurs roses, des lueurs glauques, des lueurs bleues, des reflets argentés, se peuplait de fantômes.
Aucun contour net et précis, aucune forme distincte, dans le scintillement immense du sable.
Les dunes lointaines semblaient des vapeurs amoncelées à l’horizon et les plus proche s’évanouissaient dans la clarté infinie d’en haut.
Nous passions sur un sentier étroit, au-dessus d’une petite vallée grise, semée de pierres dressées : le cimetière de Sidi-Abdallah.
Dans le sable sec et mouvant, nos chevaux las avançaient sans bruit.
Tout à coup, nous vîmes une forme noire qui descendait l’autre versant de la vallée, se dirigeant vers le cimetière.
C’était une femme, et elle était vêtue de la mlahfa sombre des Soufiat, en draperie hellénique.