La grande terrasse rectiligne et puissante du Djebel Antar se profilait tout en or, sur l’horizon rouge.
Pendant un court instant, une houle pourpre roula à travers le désert nu, et les dunes fauves de la Zousfana flambèrent, toutes roses.
Au loin, le siroco, qui s’apaisait, promenait encore quelques petits tourbillons de poussière blonde. Ils s’en allaient, solitaires, vers l’incendie du couchant.
Dans toute cette gloire quotidienne de lumière, la redoute, le camp et les vieux casernements en toub de Djenan-ed-Dar paraissaient petits et chétifs, timide essai de vie et de sécurité.
En l’immense stérilité d’alentour, seuls les quelques dattiers du cercle, en groupe serré, fraternel, dressaient leurs têtes échevelées, toutes noires, où les reflets du jour finissant jetaient des aigrettes d’or.
Stolz, seul, errait derrière les masures frustes et branlantes des mercantis. La grande capote des légionnaires alourdissait sa taille frêle, et la visière de son képi jetait une ombre bleue sur son visage jeune, desséché et bronzé, que coupait une moustache blonde.
Comme tous ses camarades de la Légion, Stolz avait une histoire, dont le drame l’avait amené là.
Fils naturel d’un industriel riche de Düsseldorf et d’une institutrice, Stolz avait, depuis son enfance, assisté à la douleur et à ce que tous deux croyaient être la honte de sa mère.
A l’école, il avait souffert du dédain méchant et de l’inconsciente cruauté de ses condisciples. Plus tard, devenu répétiteur dans un collège, il demeura timide et farouche. Son cœur endolori croyait découvrir du mépris ou une pitié insultante dans l’attitude de tous ceux qui l’approchaient.