Faible et doux, tout de tendresse, Stolz, n’était pas devenu le révolté que, fort, il eût dû être, sous l’injustice imbécile des hommes.
Son père ne l’avait pas abandonné matériellement. C’était lui qui avait pourvu aux frais de son instruction. Quand sa mère mourut, Stolz, de cette attitude quasi paternelle, conçut l’espoir de se faire adopter un jour pour avoir un nom honoré.
Aux avances passionnées de son fils, le vieillard demeura silencieux, impénétrable.
Alors Stolz pensa que s’il commettait un acte, désespéré, son père serait ému et, pour le sauver de la déchéance définitive, lui accorderait la grâce tant souhaitée.
Il gagna la France et s’engagea à la Légion étrangère. Dès son arrivée à Saïda, il avait écrit à son père, lui disant qu’il ne pouvait plus vivre en Allemagne, objet de dédain et d’éloignement pour tous.
C’étaient cinq ans de sa vie que Stolz sacrifiait ainsi. Il accepta avec courage son dur métier nouveau ; soldat modèle, d’un entrain et d’une patience rares, il vivait de toute l’ardeur de son espérance.
On envoya sa compagnie dans le Sud. Il s’en réjouit : on se battait, là-bas. Son père le saurait en danger. Il aurait pitié…
Et ainsi, pendant des mois, Stolz avait écrit des lettres où il avait mis tout son cœur, implorant cet homme qui, si loin, lui semblait disposer de sa vie.
Il avait eu quelques heures de découragement en ne voyant rien venir… ces heures étaient aussi les plus lucides ; mais Stolz s’obstinait dans son attente.
Et voilà que ce soir, le vaguemestre lui avait remis une lettre de son père, et tout s’était brusquement effondré : c’était un refus définitif, irrévocable. On lui défendait même d’écrire.