— Tiens ! Ma cousine Jeanne qui se marie avec le fils Besson, celui qui tient le jeu de boules à Copponex.

— Mon frère Ali s’est marié avec la fille de Si Hadj Tahar, le maquignon de Morris.

— Et le frère qui a acheté à la foire de Gaillard deux vaches de Suisse, une rousse et une noire, qu’elles vont bientôt vêler… Les affaires marchent, cette année, et les vieux sont contents. Ah ! le fichu sort d’être paresseux… Moi, je voudrais bien les voir, leurs nouvelles vaches…

A la fin, Lombard, baissant la voix, ajouta une confidence :

— Et la Françoise, la fille à Mouchet, un qui en a, du bien, celle que je lui parlais, elle me fait donner le bonjour et elle me fait dire comme ça que c’est toujours entendu pour quand je finirai mon service.

Comme Bou Saïd lisait toujours, Lombard se pencha par-dessus son épaule. Il resta stupéfait en voyant les minces petites arabesques qui couvraient la moitié d’une grande feuille de papier pliée par le milieu.

— Alors, c’est ça ta lettre ? Et tu y comprends quelque chose, toi ? Ah ben, ma foi !

Les soirs de courrier étaient des heures de joie pour les deux soldats et ils les passaient à relire leurs lettres, à les commenter indéfiniment, à se donner des explications.

A la fin, ils connaissaient mutuellement leurs familles, s’en demandaient des nouvelles, sachant jusqu’à la disposition des lieux où chacun d’eux avait passé son enfance. Dans leurs réponses, qu’ils faisaient ensemble, ils parlaient l’un de l’autre, disant leur amitié. Ils en vinrent à se dire :

— N’oublie pas surtout de bien leur donner le bonjour de ma part, à tes vieux !