Mais, dès que tu y prêtes attention, dès que tu la rencontres face à face, tu en comprends le mensonge… Tu vois que sa majesté n’est qu’illusion sous ses fausses dorures et que sa beauté est artificielle comme celle d’une prostituée fardée…

Ami, comment, n’étant point revêtu des habits de fête, es-tu entré ici ?

(L’Évangile)

Ton cœur ardent et sensitif, torturé et martyrisé dans les ténèbres de l’orage, aspire à la félicité du bonheur universel et croit y voir son propre bonheur.

Mais, ô ami, les saintes envolées de l’âme sont inutiles : dans l’arène ensanglantée de la vie il y a assez d’espace pour le marché de l’avidité, mais il n’en est point pour le temple lumineux de l’amour !

Et pourtant, si réellement les malédictions se taisaient, si réellement le Baal était anéanti, si les hommes s’étreignaient comme des frères, si l’idéal descendait des cieux sur la terre… dis-moi : dans cet univers renouvelé et joyeux, toi, accoutumé à ta sainte douleur, serais-tu heureux à ce festin de la vie, toi qui souffris pour l’humanité et qui voulus son bonheur ?

Ton cœur — ce cœur malade, deviendrait muet sous la douleur, comme le champ devient stérile sous l’orage. Il n’échangerait pas la croix des bienheureuses souffrances et des larmes pour la félicité du repos… Et s’il regrettait un jour le sort de lutteur et de prophète des idées chères, comme un prisonnier, accoutumé à la captivité, regrette son obscure prison ?…

CÉRÈS

VISION NOCTURNE

[Écrit au crayon, sans signature ni date, sur trois feuillets, recto et verso, numérotés de 1 à 5.]

Elle était en bois dur, fendu et rongé par les vents des mers, fatiguée d’avoir promené son sourire centenaire à travers trop de tempêtes, d’avoir contemplé, muette, les tristesses de trop d’horizons.