Mourir. Il répéta le mot, tout bas, et il lui fut d’une infinie douceur.
Il s’arrêta, s’appuyant contre le mur. Un grand calme s’était fait en lui. Il ne s’attendrit pas sur lui-même, très simple et très sincère, comme il avait toujours été, dans sa détresse et dans son fol espoir des derniers mois.
Cela valait mieux ainsi. Il devait faire cela. Tout doucement, il posa la crosse de son fusil à terre, le canon contre sa poitrine. Puis, calmement, soigneusement, il chercha, de la pointe de sa baïonnette, la détente.
Le coup résonna, sec, froid, sans écho, dans le désert vide.
Müller, lentement, glissa le long du mur, s’affaissant.
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Le jour se levait. Tournant le dos aux quelques petites tombes perdues dans le sable rose, les légionnaires rentraient à la redoute, rapportant le brancard des morts.
Sérieux, leurs visages bronzés et maigres, coupés de moustaches blondes, célaient toutes les tristesses cachées, toutes les tares et tous les deuils qui les avaient amenés là et qu’avait évoqués la mort du petit Müller.
Le groupe silencieux des mercenaires en tenue sombre s’éloigna dans la gloire dorée du matin, tournant le coin des remparts lépreux, et le jour limpide d’automne acheva de se lever sur le désert pierreux et sur le tertre rouge qui marquait la place du légionnaire.