La nuit sans lune était obscure et le désert dormait dans la lueur indécise des grandes étoiles.
Un silence absolu pesait sur le hameau et sur la plaine et, au loin, les montagnes s’estompaient dans l’ombre.
Müller, son fusil sur l’épaule, marchait par habitude, le long de la muraille.
Il songeait.
Depuis qu’il n’espérait plus, il avait conscience de toute la monotonie et de l’inutilité de son métier de mercenaire. Pourtant il rejetait avec horreur l’idée de rentrer dans la vie civile. Il lui semblait que c’était se replonger dans la honte et la constante humiliation des années écoulées…
Et, peu à peu, Müller sentit le vide se faire en lui et autour de lui.
Il perçut que tout lui était devenu égal, qu’il ne désirait plus rien.
Seul un immense besoin d’oubli et de repos lui restait.
Dans l’ombre et le silence, ce besoin s’exalta dès lors.
Et une idée lui vint, très simple, très claire : puisque sa vie était gâchée, puisque, dès les premiers pas, il s’était senti écrasé, puisque les hommes le reniaient, à quoi bon s’obstiner ?