Devenu répétiteur dans l’école où il avait fait ses études, il continua de souffrir. Sa sensibilité exaspérée lui faisait croire à du mépris ou tout au moins à une condescendance insultante de la part des élèves eux-mêmes.
Alors, comme sa mère était morte, il entreprit de se faire reconnaître par son père, pour avoir un nom, pour dissiper enfin le cauchemar où il vivait depuis qu’il pensait.
Comme l’industriel refusait, Müller crut le toucher en commettant un acte de désespoir : il s’enfuit, quitta l’Allemagne et vint s’engager à la Légion.
De Saïda, il écrivit plusieurs lettres à son père, le suppliant de lui accorder la réparation qui changerait tout le cours de sa vie, qui le ferait entrer dans la société, la tête haute : après cinq ans, il retournerait au pays, avec un nom honoré, et il pourrait vivre, oubliant toutes ses souffrances passées.
Pendant des mois, Müller s’était grisé de cet espoir, soldat exemplaire, plein d’entrain et de courage dans la monotonie du métier.
La réponse tant attendue était enfin arrivée. Avec quelle angoisse délirante il avait déchiré l’enveloppe.
Et voilà que tout s’était brusquement écroulé : c’était un refus, définitif, inexorable. On lui défendait même d’écrire d’autres lettres…
Que faire, maintenant ? A quoi bon travailler, puisqu’il n’y avait plus rien à attendre, puisque le retour au pays était désormais inutile ?
C’était un pacte signé avec la Légion, pour les années de jeunesse qui lui restaient, un pacte avec cette terre d’Afrique âpre et menaçante qu’il ne comprenait pas, qui l’effrayait.
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